
Ma Vro, Mon Pays
C'est toujours le coeur gonflé de joie et d'émotion que je rentre en Bretagne. Quand je suis sur mes terres dans mon Finistère j'ai l'intime conviction d'être chez moi, d'appartenir à ce bout de lande et de granit, de ne faire plus qu'un avec le vent, la mer et la terre.
Bretagne terre d'accueil et des origines, c'est ici à Beg ar Raz que tout commence. C'est sur ces côtes sauvages, baignées d'écume que nait le vent. Ce n'est pas la fin des Terres mais plutôt le début du monde ! Jamais je n'ai trouvé terre plus poétique et plus authentique.
Dans le grondement des vagues j'entends encore résonner la voix d'un Glenmor toujours aussi
révolté et assoiffé de justice. Porté par le vent ce sont les accords celtiques de la harpe de Stivell qui viennent vibrer à mes oreilles. Au claquement d'une voile je perçois le verbe de la poésie de Servat et dans le sillage de ce blanc voilier sonne un an dro des Tri Yann.
Tout ces chants je les entends quand je suis là, dressé devant le phare de la Vieille, là où doucement la terre s'enfonce dans l'eau. Derrière moi se tient la très sainte dame des Trépassés qui malgrés les siècles d'évangélisation ressemble encore à une déesse celte. Et bientôt en contemplant Enez Sun il me plait à revoir la blanche Ker Ys. Merveilleuse cité surgit de l'Océan qu'Ahès, fille du Roi Gradlon, fit engloutir pour son malheur et notre malheur à tous. "Et quelques fois aussi, des cloches tintent au large. Il est impossible d'ouïr carillon plus mélodieux. C'est le carillon de Ker Ys." (Anatole Le Braz_Légendes de la Mort)
C'est ici sur ces terres encore baignées de légendes qu'un druide a conduit les nouveaux celtes. Après avoir traversé les montagnes de la Kabylie, après avoir sillonné les plaines de France, la Bretagne dans un sourire s'est offerte à deux princesses Kabyles marquant ainsi leur esprit de sa beauté.
Bretagne terre de légendes et de partage tu appartiens à tous les peuples, à tous ceux qui savent encore que tous les hommes sont égaux.
"Bretagne, centre du monde habité, tu seras un refuge pour les oiseaux chassés pétrolés
Pour les femmes torturées en prison
Pour les vieillards bombardés
Celtie, au croisement des peuples du Nord et du Sud, aux confins du Vieux Monde et du Nouveau Monde, aux frontières de la Terre et de la Mer, à la limite du monde visible et invisible..."
(Alan Stivell_La Délivrance)
Puis en longeant la Pointe du Van, suivant le déclin du soleil, la tête emplie des légendes de la Baie des Trépassées (Boe an Anaon) il ne m'a guère était difficile dans ces conditions de percevoir le rire de quelques korrigans. D'ailleurs près d'un vieux moulin à vent j'en aperçu un qui dansait en fredonnant les airs d'une ancienne gigue...
Flahidoudé, Flahidoudaï...
Avec sa viande, ainsi que ses os,
Je me suis décidé de faire un tricot
J'ai tout invité : les parents, les amis
Ainsi que Johnny Monfarleau...
Je l'ai vu à Gaspé se promener
Ce pauvre vieux en char à bœufs
Sa jupe de côté, sa jupe fléchée :
Hourrah ! Pour Johnny Monfarleau !
Quand j'était tout p'tit gars, à la messe du Cap Chat
Il me menait à l'église avec sa jument grise
Sa vieille cariole de peau de popiau
Hourrah ! Pour Johnny Monfarleau !
Depuis le mois d'octobre, puis dans les forêts
En costume de bain garni en peau de lapin
Avec sa vieille couverte tricotée au crochet
Hourrah ! Pour Johnny Monfarleau !
Je l'ai vu allant par de-ci, par là
Il se promène en pyjama
Sa veste de castor traînant sur le traineau
Hourrah ! Pour Johnny Monfarleau !





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